Dans la plaine de Pujaut (Gard), un enjambeur autonome a changé la routine des travaux interceps sur les parcelles de Christophe Novara, vigneron en agriculture biologique et président du Cellier des Chartreux. Face à la pénurie de tractoristes qualifiés et à la pénibilité des travaux du sol, cet outil est présenté par son utilisateur comme « un outil d'avenir » capable de réduire la fatigue et d'améliorer l'efficacité des chantiers viticoles. La machine, baptisée Bakus, évolue désormais de façon régulière sur les parcelles contiguës de l'exploitation et de voisins volontaires.
Bakus est développé par la société française VitiBot et fonctionne sans moteur thermique, ce qui permet d'éliminer le carburant sur les interventions quotidiennes. Le robot offre 10 heures d'autonomie et embarque un porte-outil modulable pour réaliser désherbage mécanique, tonte et relevage des feuilles, avec des outils tels que doigts Kress, disques émotteurs ou décavaillonneuse. Sa capacité à travailler en autonomie facilite la gestion des interceps sur des parcelles longues et plates comme celles de la plaine de Pujaut.
« Je peux définir la vitesse, la profondeur et la force, puis il travaille seul », explique Christophe Novara, qui insiste sur la simplicité des réglages et la précision des trajectoires. Avant la première mise en service, un mapping point par point a été réalisé sur les quelque 33 hectares cartographiés de son domaine afin de paramétrer les zones interdites et les points de demi-tour. Cette cartographie est présentée comme une étape cruciale pour garantir la sécurité et l'efficience des passages autonomes.
Le coût d'acquisition est élevé — l'ordre de grandeur avoisine les 220 000 € — mais Novara rappelle qu'il a pu bénéficier d'un soutien public via le programme France 2030 et d'une participation de la MSA, motivée notamment par la prévention des troubles musculo-squelettiques. Selon les acteurs du secteur, certains enjambeurs autonomes dépassent les 1 000 heures de travail annuel en autonomie, ce qui rapproche le coût horaire de celui des pratiques mécanisées traditionnelles tout en retirant le poste carburant et salaire de l'équation.
Au-delà de l'exploitation individuelle, l'enjeu tient à la mutualisation : le Cellier des Chartreux regroupe 83 viticulteurs sur 850 hectares entre Pujaut et Saint-Gervais, des parcelles souvent contiguës qui se prêtent à une rotation efficace de machines autonomes. Christophe Novara imagine une organisation type Cuma où trois robots pourraient desservir la plaine avec un salarié qualifié pour la maintenance et la supervision, permettant de réduire fortement l'usage des désherbants chimiques.
Sur le plan technologique et environnemental, la diffusion de robots comme Bakus illustre la convergence entre gain de productivité et objectifs agroécologiques : réduction des intrants, baisse des émissions liées au carburant et diminution de la pénibilité du travail. Les viticulteurs locaux suivent les premiers mois d'usage pour valider les gains et décider d'une montée en puissance éventuelle, en intégrant d'autres matériels autonomes comme des chenillards interligne si les résultats opérationnels et économiques se confirment.
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