Le conflit entre la Coordination rurale (CR) de Dordogne et l’hebdomadaire agricole Réussir le Périgord a pris de l’ampleur début mai 2026, mettant en débat la relation entre syndicats et presse locale. Selon la rédaction, le titre subit « injonctions, menaces, pressions » depuis plusieurs semaines, ce qui nuit au travail journalistique et au pluralisme; le journal est diffusé à 6 000 exemplaires, selon ses responsables. Jean Ricateau, directeur de Réussir le Périgord, affirme dans son éditorial du 8 mai que ces attaques visent à remettre en cause l’indépendance du titre, sans nommer explicitement d’auteurs, et déplore « la confusion entre information et communication ».
Communication et indépendance
La Coordination rurale, majoritaire à la Chambre d’agriculture de Dordogne, a annoncé dans un communiqué daté du 4 mai 2026 qu’elle « ne publiera plus rien dans Réussir le Périgord », décision confirmée en conseil d’administration par les coprésidents Vincent Cascales et Julien Losson. Les dirigeants de la CR dénoncent « de la censure » et une « proximité évidente avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs », estimant que la page des communiqués syndicaux n’exprime pas leurs positions in extenso; la rédaction répond que la règle éditoriale est de 1 500 signes et l’interdiction d’attaques personnelles. Cette rupture de communication crée un précédent local et place la question de l’accès à l’information syndicale au centre du débat.
La prise de position publique de Rémi Dumaure, président de la Chambre d’agriculture de Dordogne et ancien président de la CR, a alimenté la polémique : sur les réseaux sociaux il a écrit qu’« quand le journal que tu finances te censure, tu mets un terme au partenariat » et a indiqué vouloir demander l’autorisation au bureau pour mettre fin au contrat qui lie l’organisme à l’hebdomadaire. Cette coopération passe par des prestations et de la publicité; la menace de rupture traduit une tension entre élus agricoles et média local et risque d’affecter la visibilité des actions institutionnelles départementales. Le propos de Dumaure nourrit l’impression d’un rapport au financement qui conditionnerait le dialogue public.
La question des actionnaires est également invoquée dans l’affaire : Réussir le Périgord fait partie du groupe Réussir Agra dont le conseil de surveillance est présidé par un vice-président de la FNSEA, mais la direction du journal souligne que la FDSEA représente une part minoritaire de l’actionnariat, 1,5 % FDSEA, et rappelle sa « vocation rurale » et son engagement pour une information fiable. Cette précision vise à répondre aux accusations de partialité et à préserver la crédibilité éditoriale auprès des lecteurs et des acteurs locaux.
Sur le terrain, la décision de la CR de « ne pas publier » équivaut à une non-communication institutionnelle mais n’interdit pas aux adhérents de s’exprimer individuellement dans le journal, affirme Julien Losson; des témoignages indiquent toutefois que certains agriculteurs hésitent à prendre rendez-vous ou à répondre à des sollicitations de presse par crainte de représailles internes. L’affaire pose des enjeux concrets pour la démocratie agricole locale : l’accès aux tribunes, la transparence des financements et la séparation entre communication syndicale et travail journalistique restent au cœur des discussions en Dordogne en mai 2026.
Photo - www.sudouest.fr