La Région Nouvelle-Aquitaine, l'État et la Safer lancent en 2026 un dispositif inédit pour soulager le vignoble bordelais en crise, avec la création prévue fin 2026 d'une Foncière d'avenir en Gironde (FAG). 20 millions d'euros constitueront le capital initial de la foncière, destinée à racheter des terres nues issues d'arrachages, des parcelles plantées mais programmées pour l'arrachage et des vignes en friche afin d'enclencher un remembrement. L'objectif est d'apporter un soutien immédiat aux exploitants sans débouchés et de préparer la reconversion des surfaces vers d'autres productions agricoles adaptées au parcellaire local. Dans ce contexte, la Safer joue le rôle d'opérateur sur le terrain en négociant les transactions et en assurant le portage temporaire des parcelles.
Mécanisme et financement
Avant la création effective de la FAG, l'Établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) amorce le dispositif en injectant directement des moyens pour permettre les premiers rachats et maintenir l'opérationnalité du système. 10 millions d'euros sont apportés par l'EPFNA pour démarrer les acquisitions, tandis que le capital définitif de la foncière, prévu lors de son lancement, sera alimenté par un mix public-privé. La structure doit réunir 14 millions d'euros apportés par plusieurs banques (Crédit agricole, Caisse d'épargne, Banque populaire, Crédit mutuel) et 6 millions complémentaires issus du Conseil régional, de l'État et d'établissements publics locaux tels que la Chambre d'agriculture et la Chambre de commerce.
La Safer négocie les achats « au prix du marché » et peut porter les parcelles jusqu'à quatre ans pour les transformer et les revendre à des agriculteurs destinés à d'autres productions. Ce portage transitoire vise à éviter l'enfrichement et à préparer un remembrement permettant une reconversion agricole cohérente sur le paysage girondin. Jean-Samuel Eynard, président de la Chambre d'agriculture de la Gironde, rappelle que l'opération doit favoriser l'installation de nouveaux agriculteurs et la diversification des assolements sur des terrains peu adaptés à la viticulture.
La préfecture a lancé début mai 2026 un appel à manifestation d'intérêt pour recenser les viticulteurs disposés à céder des terres, afin d'évaluer l'ampleur du besoin et la réceptivité du terrain. Cet appel jusqu'au 7 juin vise à fournir une première cartographie des parcelles disponibles et des exploitants concernés; le préfet Guyot a toutefois souligné l'incertitude sur le nombre de réponses attendues. Les premiers retours permettront d'ajuster le calendrier des rachats menés par l'EPFNA et la Safer avant la mise en place définitive de la foncière.
Le projet a suscité un large accord politique et syndical, présenté comme une réponse sociale et économique à l'aggravation des difficultés financières des viticulteurs. Dominique Techer, ex-président de la Confédération paysanne, affirme que la foncière dédiée est la seule voie pour éviter des faillites en cascade, tandis que la viticultrice Laurence Impériale note l'alignement inédit des syndicats autour d'un outil pouvant permettre aux exploitants de « sortir la tête haute ». La préfecture qualifie le montage d'expérimental et inusité en France, soulignant le caractère public-privé de l'initiative.
Sur le terrain, la perspective est double : désengorger des exploitations endettées en cédant des parcelles invendables et, ensuite, revendre ces terres pour d'autres productions afin de favoriser des installations et éviter la déprise agricole. Le calendrier reste serré : la période d'instruction des manifestations d'intérêt puis la constitution finale de la FAG doivent aboutir au lancement opérationnel de la foncière fin 2026, étape clé pour mesurer l'impact réel du dispositif sur la filière viticole bordelaise.
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