La filière pomme de terre traverse une période difficile en 2026, avec une offre qui dépasse nettement la demande domestique et industrielle. Les industriels de la frite ont encouragé des semis massifs, mais la consommation française stagne et les débouchés à l'export sont concurrencés par de nouvelles productions dans d'autres pays. Conséquence : de nombreux producteurs voient leurs stocks s'accumuler et doivent brader ou transformer des volumes importants pour éviter les pertes.
À la ferme du Grand Thuré, à Saint-Paterne-Racan, Alexis Gruson illustre ce phénomène localement et s'inquiète pour la suite. Il a planté 15 hectares plantés et se retrouve aujourd'hui avec 50–100 tonnes surplus que ses circuits habituels ne peuvent pas absorber. "C'est la première fois qu'on doit jeter autant", confie-t-il, soulignant la difficulté de gérer autant de marchandise sans détruire la valeur du produit.
Au-delà de son exploitation, Alexis note une tendance générale qui pèse sur les prix : les industriels pensaient pouvoir augmenter les approvisionnements, mais la multiplication des producteurs au niveau mondial a créé un excédent. Les ventes de son exploitation ont reculé et il évalue la baisse récente à ventes -20%, une chute qui rend la valorisation économique du surplus très fragile. Dans ce contexte, la marge des producteurs se réduit et les stratégies de commercialisation deviennent cruciales.
Gestion du surplus
Pour limiter les pertes qualitatives, les pommes de terre excédentaires sont stockées au frais et en caisses pour réduire la germination et la dégradation. Alexis a choisi de vendre à prix dérisoire une partie du stock à un collègue pour l'alimentation animale, plutôt que de donner massivement, par crainte d'une déstabilisation durable du marché. Il critique aussi des actions locales où des agriculteurs ouvrent leurs hangars au public : selon lui, les distributions massives peuvent provoquer un cercle vicieux qui diminue encore la demande payante.
Conséquences et pistes
Les producteurs appellent à une meilleure coordination entre filières pour éviter les destructions et protéger les prix, ainsi qu'à des aides ciblées pour les transformer ou stocker. Les voies de valorisation possibles comprennent :
la transformation industrielle (chips, frites surgelées),
l'alimentation animale pour limiter le gâchis sans casser les prix,
la valorisation énergétique (méthanisation) pour les lots non commercialisables.
Ces options exigent des investissements, des logistiques adaptées et parfois des partenariats entre agriculteurs et industriels pour être rentables.
Sur le terrain, la situation pèse sur le moral et la trésorerie des exploitations de la région Touraine, et les discussions se multiplient quant à des mécanismes collectifs de régulation des volumes et d'aide à la diversification des débouchés. Les producteurs locaux demandent des mesures pragmatiques afin de gérer les stocks actuels sans compromettre les ventes futures ni la stabilité du marché français.
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