Chaque année en mai 2026, avant la montée en estive et les fortes chaleurs, les bergers corses pratiquent « A Tundera », la tonte traditionnelle des brebis qui marque le démarrage de la saison pastorale. Cette année encore, la période mobilise des équipes spécialisées et les familles d'éleveurs pour plusieurs jours de travail concentré et d'entraide. L'opération est devenue plus rapide et organisée, avec un rendement quotidien important par professionnel; 150–200 brebis par jour est la moyenne constatée par les équipes présentes sur l'île.
Pour assurer l'intensité de la période, plusieurs exploitations insulaires ont fait appel à des tondeurs venus du continent, notamment des Hautes-Alpes, qui séjournent en Corse dix à vingt jours. Ces équipes apportent savoir-faire et matériel, allégeant la charge de travail des bergers locaux et permettant une cadence soutenue sur les bergeries. Le recours à des intervenants extérieurs démontre aussi la coopération interrégionale au sein de la filière ovine française et la nécessité de compétences mobiles pour répondre aux pics saisonniers.
La technique a évolué : tondeuses électriques remplacent désormais en grande partie les ciseaux et les efforts manuels d'antan, réduisant le temps de manipulation et le stress animal lorsque l'opération est conduite correctement. Les tondeuses modernes permettent d'enchaîner plus d'animaux tout en respectant des gestes adaptés au bien-être des brebis, mais elles demandent investissement et entretien. Les éleveurs soulignent que la productivité gagne en efficacité, tout en nécessitant des compétences de maintenance et des règles d'hygiène pour limiter les risques de coupures ou d'infection.
La tonte reste cependant un moment collectif et culturel : repas partagés, transmission des gestes et solidarité entre voisins ponctuent les journées de travail. Pour de nombreux bergers, A Tundera conserve une forte valeur sociale qui dépasse la simple nécessité technique, et elle sert à rappeler l'identité pastorale insulaire. Les jeunes éleveurs profitent de ces journées pour apprendre des tondeurs professionnels et intégrer des pratiques plus sûres et plus rapides à leurs bergeries.
La question de la laine recueillie après la tonte revient chaque printemps : malgré sa qualité intrinsèque, une grande part de cette ressource est encore mal valorisée localement et, à défaut de filières de transformation adaptées, laine majoritairement brûlée reste une réalité pour de nombreuses exploitations. Des projets expérimentaux se développent, allant de l'utilisation de la laine comme isolant écologique à des essais de compostage pour produire de l'amendement azoté, ou encore comme paillage au pied d'arbres fruitiers pour conserver l'humidité. Les freins sont principalement l'absence de collecte organisée, le manque d'investissement industriel et la concurrence de fibres importées à bas coût.
Plusieurs acteurs insulaires, associations et petites entreprises innovantes — soutenus ponctuellement par des financements régionaux ou européens — travaillent à structurer des chaînes locales de collecte et de transformation de la laine, en ciblant des débouchés pour le bâtiment, l'agriculture et les textiles artisanaux. L'enjeu pour la filière est double : améliorer les revenus des éleveurs et réduire l'impact environnemental lié à l'élimination de la laine, tout en préservant l'identité pastorale de l'île et la saisonnalité de « A Tundera ».
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