À la tête d'un troupeau à forte production en Ille-et-Vilaine, l'éleveur Julien Dano a généralisé l'injection d'un cocktail d'oligo-éléments pour sécuriser l'immunité au tarissement, à la mise bas et au pic de lactation. L'objectif est d'accompagner des animaux soumis à une forte demande métabolique, dans un troupeau qui affiche en moyenne 44–45 kg/jour de lait par vache. Le recours à la voie injectable vise une disponibilité rapide des oligo-éléments pour les cellules immunitaires, là où la complémentation orale peut rencontrer des limites en période de fort besoin physiologique. Le vétérinaire Julien Corbeau souligne que la période du péripartum, trois semaines avant à trois semaines après le vêlage, concentre les risques de déficit énergétique, de stress oxydatif et d'exportation d'oligo-éléments vers le fœtus et le colostrum.
Protocole et résultats
Le protocole mis en place comprend des injections sous-cutanées systématiques au tarissement, au vêlage pour vaches et génisses, et au pic de lactation pour les plus hautes productrices selon un seuil de production. Julien Dano précise qu'il cible les multipares dépassant 60 kg de lait et les primipares au-dessus de 50 kg lors du pic, et qu'il tient un registre précis des administrations au cornadis. Après deux ans de pratique et en lien avec le suivi vétérinaire, le troupeau a enregistré une progression notable de la production individuelle, passant d'environ 35 kg à plus de 45 kg pour certaines vaches, soit +10 kg de lait pour les meilleures productrices. L'éleveur rapporte aussi une diminution des épisodes de mammites colibacillaires sévères qui affectaient auparavant les fortes productrices vers le premier mois de lactation.
Dans la pratique sanitaire, la solution injectée contient les quatre oligo-éléments référents pour l'immunité (cuivre, zinc, sélénium, manganèse) et la prescription est faite par le vétérinaire. L'administration a un coût direct mesuré à la ferme, évalué à 7 € par injection, et le choix de la voie injectable est motivé par une biodisponibilité immédiate et l'absence de rejet fécal des oligo-éléments. Le vétérinaire rappelle que ce protocole est une mesure corrective intégrée à une conduite maîtrisée : ration complète, gestion de la préparation au vêlage et maîtrise des facteurs de surtraite resteront déterminants pour limiter les risques infectieux.
Le produit utilisé par l'éleveur (solution multiminérale délivrée sur prescription) dispose d'une AMM et permet d'atténuer les effets des restrictions de dosage des oligo-éléments dans les concentrés minéraux vitaminés européennes, en vigueur depuis 2022, qui peuvent exposer les très hautes productrices à des tensions en oligo-éléments. Le choix entre bolus oral et injection reste une décision technique et économique à apprécier en ferme, le bolus étant généralement plus onéreux et moins rapide d'action selon le praticien.
Le vétérinaire précise enfin que la vaccination contre les mammites colibacillaires existe mais complète mal une immunité déjà fragilisée ; la production de cellules immunitaires et d'anticorps dépend d'abord d'une nutrition adaptée en protéines, vitamines et oligo-éléments. L'approche combinée — ration optimisée, suivi vétérinaire et, quand nécessaire, injections ciblées — est présentée par l'éleveur comme un levier opérationnel pour réduire les épisodes infectieux et soutenir la performance des vaches à haut potentiel.
Photo - www.web-agri.fr