En 2026, les éleveurs pâturant des surfaces humides restent particulièrement exposés à la grande douve du foie et au paramphistome, en plus des strongles gastro-intestinaux et pulmonaires. Selon Anne Barbier, vétérinaire référente technique en zone humide pour Vét'el, la Baie de Somme illustre bien les enjeux de gestion lors du programme PMAZH. Limnée tronquée hôte de ces trématodes, la petite limnée vit dans mares, fossés et zones toujours en eau et conditionne fortement le risque de contamination sur prairie. Les prairies humides sont aussi un réservoir de biodiversité, ce qui impose des choix de lutte compatibles avec l'environnement et les zones protégées.
Cycle et transmission
Les douves immatures traversent le foie jusqu'aux canaux biliaires et provoquent des lésions souvent subcliniques, responsables de baisse de production laitière, retard de croissance et allongement de l'intervalle vêlage-vêlage. Les paramphistomes adultes vivent dans le rumen et peuvent, en forte charge, entraîner météorisation, mauvaise valorisation de la ration et alternance de bouses sèches et molles; des contaminations massives aiguës peuvent provoquer diarrhées hémorragiques et mortalité. La contamination ne se fait pas en buvant à la rivière mais par ingestion de métacercaires enkystées sur l'herbe des gîtes à limnées, d'où l'importance de la gestion des zones d'abreuvement et de pâturage.
Détection et traitements
La coproscopie permet de détecter les paramphistomes, la quantité d'œufs étant proportionnelle à la charge adulte, tandis que la douve nécessite une recherche d'anticorps sanguins pour être mise en évidence au stade subclinique. Pour la douve, deux molécules sont autorisées chez la vache laitière : l'oxyclozanide et le triclabendazole, avec pour l'oxyclozanide un dosage et un délai lait clairement établis, 4,5 jours délai lait. En l'absence d'AMM pour le paramphistome chez le bovin, l'oxyclozanide est utilisé en cascade avec un ajustement des délais d'attente, menant à un calcul pratique de 11 jours délai retrait pour la vache traitée, ce qui incite souvent à traiter au tarissement.
Traitements et environnement doivent être conciliés : on traite en priorité l'ensemble des animaux d'une parcelle ou uniquement les individus en sous-réalisation zootechnique selon la pression parasitaire. Les produits peuvent être écotoxiques pour les organismes aquatiques et réduire l'abondance des coprophages ; il est donc recommandé d'éloigner les animaux traités des cours d'eau pendant la période d'excrétion et, si possible, d'effectuer les traitements en stabulation. Préserver les coléoptères coprophages est essentiel pour la dégradation des bouses, la fertilité des sols et la chaîne alimentaire, d'où le choix du vermifuge le moins nocif quand plusieurs options sont pertinentes.
Sur le plan opérationnel, la détection ciblée (5 à 10 prises de sang par lot suspect) et la clôture ponctuelle d'une petite zone contaminée restent des mesures simples et efficaces pour limiter la propagation. En prairies inondables ou à niveau d'eau variable, éviter les vaches laitières et repenser les pâturages s'avèrent des mesures préventives nécessaires pour réduire les impacts sanitaires et environnementaux.
Photo - www.web-agri.fr