La Commission européenne prépare un plan d'action sur les engrais attendu le 19 mai 2026 et ne prévoit pas de suspension du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF). Pas de suspension du MACF reste la ligne de Bruxelles malgré la flambée des prix des engrais liée à la conjoncture mondiale et aux tensions au Moyen-Orient. La première ébauche du plan, consultée par des médias spécialisés, privilégie des aides ciblées plutôt qu'un gel temporaire du dispositif carbone.
Bruxelles entend mobiliser des instruments de crise pour verser des aides directes aux agriculteurs les plus touchés par la hausse des coûts d'intrants. Ces aides auront vocation à répondre aux besoins immédiats de trésorerie des exploitations et à limiter le risque de réduction des apports nutritifs au moment des semis et des fumures. La Commission précise que ces mesures viseront prioritairement les filières et zones où l'impact sur la production et la sécurité d'approvisionnement est le plus élevé.
Pour compenser l'effet du MACF sur le prix des engrais, la Commission propose également d'affecter des recettes du système d'échange de quotas d'émission (SEQE-UE) aux agriculteurs, avec un calendrier visant un transfert effectif d'ici début 2027. Transferts SEQE‑UE d'ici 2027 doit permettre de cofinancer la transition vers des engrais biosourcés et à plus faible intensité carbone et d'inciter à des pratiques de fertilisation plus efficientes. L'idée est d'utiliser ces fonds pour amortir le choc prix tout en orientant les investissements vers des solutions bas carbone.
Le plan recommande par ailleurs aux États membres d'adapter leurs plans stratégiques de la PAC d'ici le troisième trimestre 2026 pour déployer des mesures à court terme sur les engrais. Sont évoqués des transferts de fonds entre piliers de la PAC, des paiements anticipés, la création d'un écorégime dédié à l'amélioration de l'efficacité de la fertilisation et des aides à l'investissement pour favoriser l'application précise des fertilisants. Ces leviers doivent permettre de combiner soutien immédiat et impulsion vers des pratiques plus durables.
Les organisations agricoles n'ont pas renoncé à leurs demandes : le Copa-Cogeca réclame toujours une suspension du MACF et chiffre le « coût direct » pour les agriculteurs à 12 milliards d'euros sur sept ans, montant qui pourrait atteindre 39 milliards en intégrant l'alignement des prix par les producteurs d'engrais européens. Ces estimations, publiées début mai par le lobby agricole, servent de base à leurs appels à des mesures compensatoires robustes au niveau national et européen.
Pour les producteurs français, le calendrier impose une vigilance sur les modalités de sollicitation des aides et sur les critères d'éligibilité qui seront fixés par les autorités nationales. Les coopératives et syndicats appellent les exploitants à préparer leurs dossiers et à surveiller les décisions de redistribution des fonds PAC, tandis que l'industrie des engrais suit l'évolution des coûts et des prix de vente domestiques avec attention.
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