Au Gaec du Fourneau, à Vrécourt (Vosges), les frères Marot exploitent en 2026 une ferme entièrement dédiée aux prairies permanentes et à l'élevage allaitant en bio, avec 314 hectares de SAU et 200 mères Angus. Leur credo est simple : se concentrer sur la production de bêtes finies sans multiplier les chantiers culturaux, ce qui leur permet de préserver du temps de travail sur l'exploitation. Le troupeau est conduit en système tout-herbe certifié biologique, avec des pratiques de pâturage et de fauche adaptées à la pousse locale de l'herbe.
Gestion et valorisation des prairies
Les parcelles drainées autour de Vrécourt produisent de l'herbe facilement exploitable, avec des prairies de fauche qui donnent entre 4,5 et 5 TMS/ha et des surfaces gérées en pâture-fauche pour limiter les pertes. Les éleveurs épandent chaque année du fumier composté (environ 10 t/ha sur prairies de fauche et 5 t/ha sur pâtures) et utilisent un amendement minéral basique couplé à un biostimulant pour dégrader le feutre; le retour du trèfle est déjà constaté. Entre 15 et 20 hectares sont fauchés précocement pour fournir du fourrage de qualité aux animaux à l'engraissement, le reste étant récolté plus tard pour les animaux moins exigeants.
La conduite du troupeau repose sur un pâturage continu adapté à la pousse : les animaux sortent généralement entre début et mi-avril et les parcelles sont ouvertes ou fermées en fonction des chantiers et de la végétation. Pendant la saison de pâturage, les bœufs se finissent à l'herbe sans complémentation, ce qui réduit les intrants et valorise le potentiel des prairies. En hiver, les animaux à l'engraissement reçoivent de l'enrubanné à volonté (20–25 kg/jour) et, lors de la finition, 6 kg de maïs, 200 g de luzerne déshydratée et 150 g de tourteau de lin par jour sur une période de deux à deux mois et demi.
La sélection de la race et la conduite herbagère visent la production de carcasses lourdes et de qualité : la moyenne observée sur l'exploitation atteint environ 400 kg carcasse moyenne. Les Marot privilégient l'Angus pour sa rusticité, sa docilité et sa capacité à valoriser l'herbe avec peu de concentrés, et ils observent des rendements viande supérieurs chez certaines couleurs (rendement carcasse autour de 53–54 % pour les noires, 56–58 % pour les rouges). Le taux de mortalité des veaux reste faible (environ 2 %) et les vêlages sont majoritairement simples, ce qui limite les interventions vétérinaires; la phytothérapie et l'aromathérapie sont utilisées en prévention.
Commercialisation et débouchés locaux
La commercialisation se répartit entre un organisme de commercialisation en bio (Unebio), un marchand de bestiaux local et quelques débouchés directs comme un restaurateur mensuel et des ventes en direct; les animaux sont conduits à l'abattoir de Mirecourt par les éleveurs. Le Gaec vend aussi des génisses pleines (une vingtaine environ) et plusieurs taureaux reproducteurs chaque année, ce qui permet d'échanger du matériel génétique avec d'autres élevages Angus. Cette diversification des canaux permet d'absorber la production sur 12 mois tout en conservant des relations locales.
Pour les exploitants, l'équation économique passe par la valorisation maximale de l'herbe, la limitation des chantiers et la préservation de la qualité des sols grâce au compost et aux prairies permanentes ; ils cherchent à maintenir un rythme de travail soutenable sans sacrifier la finition des bêtes ni le rendement carcasse. Leur système illustre une voie d'élevage biologique herbagère en zone fraîche et humide, où la race Angus et une gestion attentive des prairies permettent d'obtenir des carcasses de qualité tout en conservant du temps libre sur l'exploitation.
Photo - www.reussir.fr