En 2026, les vétérinaires ruraux insistent sur une gestion moins systématique des antiparasitaires pour freiner l'essor des résistances, et ils appellent à adapter les pratiques à chaque élevage. Selon le vétérinaire rural Antoine Fournier, résistances présentes partout obligent à repenser la logique de « zéro œuf » et à préserver des parasites sensibles pour maintenir l'efficacité des traitements et l'immunité des animaux. L'enjeu principal est d'empêcher qu'une population de parasites résistants ne devienne majoritaire dans un pâturage.
Préserver une population refuge
La stratégie désormais recommandée vise à conserver une « population refuge » de parasites sensibles qui dilue les résistants excrétés par quelques animaux. Concrètement, il s'agit d'éviter de traiter systématiquement tout le troupeau avec le même produit et de mettre en place des mesures combinées : traitement ciblé sélectif et gestion des parcelles avant traitement. Cette approche réduit la pression de sélection sur les parasites et prolonge l'efficacité des familles de molécules disponibles.
Le traitement ciblé sélectif consiste à ne pas traiter certains animaux du lot : ceux qui présentent une faible excrétion d'œufs, ou qui supportent bien une faible charge parasitaire sans signes cliniques. La sélection des animaux non traités repose d'abord sur la connaissance fine du troupeau par l'éleveur — gain moyen quotidien, score de diarrhée, état d'anémie — et doit être étayée par des coprologies régulières pour décider si un traitement est nécessaire. En revanche, il est conseillé de traiter systématiquement tous les jeunes et les agnelles, plus fragiles immunitairement.
La proportion d'animaux laissés sans traitement est à négocier entre éleveur et vétérinaire ; une base pratique souvent citée est d'environ 10 % non traitées du lot, puis d'ajuster progressivement selon les observations et les résultats. Les périodes de traitement ne sont pas figées : elles dépendent du contexte de l'élevage et des résultats de coprologie, six à huit semaines avant la mise bas ou un mois après la mise à l'herbe restant des repères, pas des règles absolues.
Pratiques au pâturage
La gestion des parcelles est centrale : il est préférable de déplacer les brebis sur une parcelle propre avant de les traiter pour créer une population refuge de parasites sensibles, puis de traiter sur place afin que les résistants excrétés soient dilués par la population déjà présente. Cette séquence évite d'introduire des résistants sur des parcelles vierges. Le pâturage doit être maîtrisé (pâturer au-dessus de 5 cm, rotation ou pâturage cellulaire) et, en pâturage électrique, installer un fil arrière pour limiter les retours et la recontamination.
Côté produits, alterner les familles d'antiparasitaires reste une recommandation forte : lactones macrocycliques, benzimidazoles, imidazothiazoles, salicylanilides et dérivés d'amino-acétonitrile doivent être changés pour limiter la pression sur une même cible. Une méthode pratique consiste à codifier les familles par couleur, comme le font certains éleveurs britanniques, afin d'éviter d'utiliser deux produits contenant la même molécule.
Enfin, en cas d'échec thérapeutique il est impératif d'investiguer : coprologies après traitement, autopsies et identification des causes permettent de déterminer si l'échec tient à une résistance, à une erreur d'administration ou à un autre facteur, et d'ajuster immédiatement la stratégie sanitaire et de pâturage.
Photo - www.reussir.fr