Selon Pascal Lavergne, ancien député de Sud-Gironde, maire de Monségur et ingénieur agricole, la vague d'arrachage des vignobles doit être l'occasion en 2026 de repenser l'usage du foncier girondin pour garantir l'alimentation locale. Il rappelle que la Gironde « importe plus de » 60 % d'importations de produits alimentaires et dispose pourtant d'un marché de proximité important, avec 1,7M consommateurs à portée de route. Pour lui, l'enjeu est simple : transformer des parcelles en jachère en surfaces productives au service des circuits courts et de l'autonomie alimentaire départementale.
Un foncier à reconvertir
La question du foncier est centrale dans un département où la vigne occupe historiquement une place dominante : selon l'intervenant, « près de » 80 % d'exploitations vignes structurent l'espace agricole local, ce qui complexifie la diversification. Les hectares libérés par les plans d'arrachage — déjà engagés dans plusieurs zones de l'Entre-deux-Mers et du Nord-Gironde — représentent une réserve de terres qui, bien aménagée, peut accueillir prairies, légumineuses et cultures fourragères. La conversion nécessite un pilotage public clair pour éviter que ces surfaces basculent en friches ou soient accaparées par des usages non agricoles.
Des leviers agronomiques
Techniquement, Pascal Lavergne plaide pour des systèmes herbagers associant prairies et légumineuses capables de fixer l'azote atmosphérique et de réduire l'apport d'engrais minéraux. Ce modèle permettrait d'engraisser localement des bovins tout en produisant les protéines végétales nécessaires à une filière avicole de proximité. L'objectif affiché est de limiter les transports d'animaux et de valeur ajoutée, en favorisant des ateliers à taille humaine et des filières courtes lisibles par le consommateur.
Politiquement, il propose une stratégie départementale intégrée reliant zones de production et bassins de consommation métropolitains, et non une juxtaposition d'initiatives communales sans cohérence. Le Plan de Relance Protéines doit, selon lui, devenir un investissement structurel pour construire une filière « Gironde » durable, et non une aide ponctuelle sans perspectives. Il met aussi en garde contre la fiscalité punitive du foncier non bâti qui risque d'étouffer la création de nouvelles exploitations.
Enfin, Pascal Lavergne insiste sur le facteur humain : accompagner les viticulteurs en transition par des formations, des aides à l'installation et des projets alimentaires territoriaux permettra de croiser ambitions environnementales et création de valeur locale. Pour lui, la crise viticole peut se transformer en opportunité d'« inscrire la Gironde dans une logique d'autonomie alimentaire et de bas-carbone », à condition d'une volonté politique et d'un calendrier opérationnel précis.
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