En 2026, un projet de Paiement pour services environnementaux (PSE) se met en place pour rémunérer les agriculteurs qui préservent landes et tourbières, avec un site pilote au Gaec des Landes Celtes en Finistère, exploitation de 300 ha. Le dispositif s'insère dans le projet européen Buffer + et vise à reconnaître économiquement des pratiques d'élevage compatibles avec la conservation des milieux humides. Les porteurs du projet souhaitent tester des modalités de contractualisation à l'échelle de petites collectivités rurales.
Sur la ferme du Gaec des Landes Celtes, les associés ont déjà transformé plusieurs prairies temporaires en prairies permanentes et pratiquent la fauche tardive et le pâturage extensif sur des landes pendant la période estivale. Trente hectares sont dédiés à la fauche tardive et l'herbe n'est récoltée « qu'au début juillet » pour préserver la faune et la flore, explique Jérémy Stéphan, l'un des associés. Le pâturage est mené de façon à reposer d'autres parcelles malgré une perte de rendement carcasse, un arbitrage que l'élevage assume pour la gestion des parcours.
Le projet Buffer + réunit 21 partenaires originaires de cinq pays et a retenu trois régions françaises : Pays-de-la-Loire, Normandie et Bretagne, où le Finistère sert de pilote. Au niveau local, quinze communes ont été ciblées, regroupant 90 exploitations de plus de 10 hectares et représentant potentiellement 4 300 ha de landes et tourbières à engager, chiffre communiqué par la Chambre d'agriculture. Pour l'instant, une dizaine d'exploitations ont manifesté leur intérêt et la phase de test permettra d'affiner les critères d'éligibilité et les indicateurs de résultat.
Mesures centrales du PSE
Le PSE proposé s'articule autour de trois mesures principales : l'entretien des zones concernées pour maintenir des habitats ouverts et limiter l'enfrichement, la réouverture de zones humides enfichées pour restaurer la dynamique hydrologique, et la conversion de parcelles cultivées en zones humides permanentes afin de reconquérir la fonction de puits de carbone. Chaque mesure sera associée à des bonnes pratiques techniques et à des obligations de suivi écologique pour vérifier l'efficacité des actions engagées. La rémunération devrait être modulée en fonction de l'effort, de la surface et des résultats environnementaux observés.
La vice-présidente de la Chambre d'agriculture du Finistère, Sophie Jézéquel, souligne le rôle pédagogique du site pilote pour aider les exploitations moins avancées à franchir un cap, et Charlotte Quenard, chargée des questions climat, rappelle l'enjeu global des tourbières : cette accumulation de matière végétale en milieu pauvre en oxygène stocke d'importantes quantités de carbone, contribue à la rétention et à la filtration de l'eau et évite des émissions massives de CO2 si elles restent drainées ou exploitées. Les animateurs insistent également sur la nécessité d'un accompagnement technique pour adapter le pâturage et la conduite des prairies à ces fonctions écologiques.
Le montant précis du PSE n'est pas encore fixé et les modalités contractuelles doivent être finalisées après la phase pilote et les premières évaluations. La Chambre d'agriculture et les partenaires européens travailleront sur les indicateurs, le suivi et les voies de financement avant d'ouvrir les appels à candidature aux agriculteurs volontaires. La Chambre d'agriculture finalisera les modalités et préparera les premiers contrats de PSE.
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