Phosphore des sols : jusqu'où réduire les engrais ?
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Phosphore des sols : jusqu'où réduire les engrais ?

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Phosphore des sols : jusqu'où réduire les engrais ?

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La question de la réduction des engrais phosphatés est posée en 2026 alors que s'accentuent les préoccupations sanitaires et géopolitiques autour des intrants minéraux. Des simulations récentes montrent que, pour la France, il existe aujourd'hui une marge de manœuvre à court terme sans perte significative de rendement grâce à un héritage de phosphore accumulé dans les sols. 60 ans de stocks est l'estimation médiane traduisant cette forte disponibilité, sous réserve d'une gestion adaptée des pratiques culturales et des semis.

Le phosphore est un élément indispensable à la croissance des plantes, impliqué dans l'ADN, l'ATP et la structure cellulaire, et sa mobilité dans le sol reste très faible. La disponibilité pour la plante dépend donc autant de la quantité totale que de la capacité des racines à le prélever dans la zone proche des rhizodermes. 60 % héritage phosphore correspond à la part du phosphore présent aujourd'hui dans les sols français qui provient des apports minéraux passés et présents, ce qui offre une fenêtre pour réduire les intrants minéraux sans impact immédiat majeur.

Historiquement, les boucles de transfert entre prairies, animaux et grandes cultures contribuaient au recyclage du phosphore; aujourd'hui la séparation spatiale entre élevage et grandes cultures fragilise ces boucles. Le fumier et le lisier restent des leviers essentiels mais leur valorisation locale est souvent insuffisante et source de nuisances si elle n'est pas mieux répartie. Rendre ces flux plus circulaires implique des changements d'organisation régionale et des investissements en logistique et stockage.

Des simulations prospectives sur un siècle montrent toutefois qu'à l'échelle mondiale la disponibilité en phosphore baisserait significativement sans apports minéraux ni recyclage humain systématique. Sur cent ans, l'impact projeté atteindrait environ -30 % production au niveau global dans le scénario sans remplacement des intrants, soulignant le caractère limitant du phosphore à long terme si aucune stratégie de substitution n'est mise en œuvre. Pour la France, l'héritage actuel retarde mais n'annule pas ce risque à échéance pluri-décennale.

Plusieurs leviers techniques peuvent compenser la réduction des engrais : favoriser cultures à racines profondes ou exsudatrices (lupin, sarrasin), développer variétés à meilleure acquisition du phosphore, encourager pratiques de maintien du sol (couverture, semis direct) et améliorer le recyclage des effluents animaux et — sous conditions sanitaires et réglementaires — des excrétions humaines. L'« effet starter » reste pertinent pour sécuriser les implantations et peut être réduit par des techniques de localisation du phosphore et par une meilleure densité de semis.

La dépendance aux gisements de roche phosphatée, concentrés sur quelques territoires, renforce l'enjeu stratégique et économique; la montée des coûts ou des restrictions d'approvisionnement plaide pour une politique intégrée. En 2026, il devient prioritaire de combiner incitations au recyclage, soutien à la recherche variétale et adaptations territoriales de l'élevage pour diminuer progressivement l'usage des engrais phosphatés sans compromettre la souveraineté alimentaire française.

Photo - www.terre-net.fr

Temi: Agriculture biologique (AB), Santé des sols, Agriculture durable

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