La pousse de l'herbe pour la campagne 2026 a démarré tôt et vigoureusement, mais le mois d'avril a freiné cet élan en raison d'un déficit hydrique généralisé. Selon Agreste, arrêté au 20 avril 2026, la production cumulée des prairies permanentes est supérieure à la référence 1989-2018, avec +53 % production et une pousse en avance de 15 jours d'avance sur une année moyenne. Ces chiffres reflètent les pluies fréquentes du début du printemps et des températures supérieures aux normales saisonnières qui avaient favorisé un démarrage rapide des végétations prairiales. L'institut de l'élevage confirme un bon démarrage en mars, interrompu ponctuellement par des gelées matinales fin mars avant une reprise en avril limitée par le manque d'eau.
Le mois d'avril 2026 a cependant été marqué par une très faible pluviométrie sur une large partie du pays, avec un déficit proche de Déficit 70 % au niveau national selon La Chaîne Météo. Seule une diagonale allant des Pyrénées à la Franche-Comté a bénéficié d'une pluviométrie plus favorable en début de mois, après le passage d'un front pluvieux stagnant; partout ailleurs les averses sont restées trop éparses. Le vent d'est asséchant et les températures douces ont accéléré l'assèchement des sols en surface, limitant la disponibilité en eau pour la reprise végétative profonde.
Sur le terrain, la réduction de la pousse se traduit par un allongement des rotations de pâturage et une moindre hauteur de l'herbe au moment des mises à l'herbe classiques, ce qui complique la gestion des chargements. L'institut de l'élevage et les techniciens signalent que si la reprise reste visible en surface, le déficit hydrique peut déjà contraindre les possibilités d'alimentation notamment dans les zones qui n'ont pas reçu les pluies d'avril. Les gelées tardives ont aussi provoqué des attaques ponctuelles sur les jeunes repousses, renforçant la variabilité locale.
L'inquiétude des éleveurs est nette : un sondage en ligne de Web-agri réalisé entre le 28 et le 30 avril 2026 auprès de 339 répondants indique que 84 % se déclarent préoccupés par la situation et 30 % « très inquiets ». La baisse de production d'herbe pèse directement sur la disponibilité de fourrages à l'approche des premières phases de pâturage et peut augmenter le recours aux stocks d'ensilage ou d'aliments concentrés. Dans les exploitations sans irrigation, les stratégies de substitution et d'économie de fourrage seront déterminantes pour la suite de la campagne.
La perspective météorologique apporte un espoir conditionnel : des orages et des pluies sont attendus en fin de semaine et devraient se poursuivre lors de la première décade de mai, avec des cumuls localement compris entre 15 et 30 mm mais une répartition hétérogène. Les météorologues préviennent que ces précipitations, souvent orageuses, auront un caractère irrégulier et n'assureront pas un apport uniforme pour recharger les réserves profondes des sols. Les agriculteurs doivent donc planifier des mesures de court terme (ajustement de chargement, surveillance des hauteurs de pâture) et évaluer la nécessité d'activer des ressources d'appoint.
Sur le plan opérationnel, il est conseillé de mesurer régulièrement l'état du couvert et l'humidité superficielle, d'adapter les périodes de sortie au pâturage en fonction de la hauteur d'herbe et de privilégier la conservation de fourrages si la pousse se confirme insuffisante. Les exploitants disposant d'options d'irrigation localisée ou de contrats d'approvisionnement en eau devront les mobiliser en priorité sur les parcelles stratégiques pour l'alimentation du troupeau. Les services d'Agreste, l'institut de l'élevage et les bulletins météorologiques régionaux restent les sources de référence pour suivre l'évolution des pluies et ajuster les choix techniques.
Photo - www.web-agri.fr