Le retour des pluies orageuses du week-end a soulagé les sols et valorisé les apports d'azote, mais il coïncide avec le début de la floraison des parcelles de blé les plus précoces au printemps 2026. Les observations régionales montrent des excédents thermiques depuis les semis supérieurs de +9 à +15 % par rapport aux normales, ce qui a avancé les stades phénologiques et concentré les seuils de sensibilité. Pour les producteurs bretons, ce décalage augmente l'aléa sanitaire lié à la fusariose des épis lorsque les pluies interviennent autour de la floraison.
Le risque climatique est évalué sur la fenêtre critique allant de 7 jours avant à 7 jours après la floraison, et il devient significatif dès que la parcelle a reçu plus de 10 mm sur cette période; 10 mm seuil risque est donc le repère opérationnel retenu par les services agronomiques. En Bretagne les situations à risque se concentrent actuellement sur deux configurations : 1) parcelles en non-labour avec précédent maïs (fourrage ou grain) ayant reçu entre 10 et 40 mm, quel que soit le variété ; 2) parcelles labourées mais issues d'un précédent maïs et semées en variété sensible, ayant également reçu entre 10 et 40 mm. Ces constats servent de base pour prioriser les observations à la parcelle et les décisions d'intervention.
Évaluer le risque
Le risque agronomique à la parcelle dépend du précédent cultural, de la technique de travail du sol et de la sensibilité variétale; la combinaison de ces facteurs avec le risque climatique donne le risque global. Les conseils techniques insistent sur la nécessité d'inspecter les parcelles précoces dès la sortie des premières étamines pour valider le stade et la présence éventuelle de symptômes. La décision d'appliquer un traitement doit s'appuyer sur ce croisement climatique-agronomique plutôt que sur une réponse systématique.
Intervenir au bon stade
Le positionnement temporel du traitement est le premier facteur d'efficacité : il faut intervenir au plus proche du début de la floraison, c'est-à-dire à la sortie des toutes premières étamines, pour maximiser l'impact sur la contamination des grains. Les essais récents d'Arvalis confirment que le volume d'eau de pulvérisation influence davantage l'efficacité que le choix des buses ou l'ajout d'adjuvants, d'où la recommandation d'un volume minimal de 150 L/ha eau pour assurer une bonne couverture des épis. Programmer l'intervention sur la fenêtre 0–2 jours après le début de floraison quand les conditions météorologiques le permettent reste la règle pratique.
Sur le plan des substances actives, le prothioconazole demeure la plus polyvalente face au complexe des fusarioses, couvrant plusieurs espèces pathogènes. Les spécialités à base de tébuconazole ou de metconazole sont efficaces contre Fusarium graminearum mais montrent un intérêt limité sur les espèces du genre Microdochium; en présence d'un risque combiné de rouille jaune, privilégier les formulations à base de tébuconazole pour traiter les deux menaces simultanément. Il est rappelé que le choix de la molécule doit aussi tenir compte des calendriers de protection et des usages autorisés en 2026.
Les protections fongicides n'atteignent pas l'imperméabilité sanitaire : 50 % efficacité moyenne est l'ordre de grandeur observé en conditions de campagne, d'où l'importance d'agir en amont. Les leviers préventifs — choix variétal résistant, limitation du précédent maïs quand possible, gestion du travail du sol et rotation — restent essentiels pour réduire l'incidence de la fusariose et la dépendance aux traitements. Les producteurs sont invités à prioriser les parcelles exposées et à coordonner les interventions locales avec les conseils techniques départementaux.
Photo - www.paysan-breton.fr