Pommiers en fleurs et prairies vertes forment la carte postale du pays d'Auge, mais sur le terrain les équilibres se modifient en 2026. Autour de Lisieux, plusieurs fermes laitières sont rachetées par des professionnels de la filière équine qui cherchent à s'implanter ou à étendre leurs surfaces, explique Bruno Charbonneau, maire de Moyaux et producteur cidricole, qui juge la situation préoccupante. Selon les acteurs locaux, la transformation des paysages d'exploitation soulève des questions économiques et patrimoniales pour la filière laitière normande.Une bascule accélérée ?
Il suffit d'un tour dans le sud du pays d'Auge pour constater la tendance, confirme Guillaume Ferey, secrétaire général de la FDSEA du Calvados et producteur de lait à Englesqueville-en-Auge, qui pointe le manque de rémunération des producteurs comme moteur des ventes. Le prix du foncier rendu attractif pour des acheteurs hors filière explique en partie les cessions; 10 000–12 000 €/ha est régulièrement citées comme fourchette de transaction dans le secteur. La présence d'un patrimoine immobilier à reprendre accélère parfois la décision des familles d'exploitants de vendre plutôt que de maintenir une activité laitière peu rentable.
Les professionnels équins trouvent dans le pays d'Auge un contexte favorable : qualité des prairies, infrastructures, réseaux d'entraîneurs et de vétérinaires spécialisés, et proximité des hippodromes et centres d'entraînement. Ces avantages non agricoles renforcent l'attractivité foncière pour les haras et centres équestres et expliquent la pression sur les exploitations laitières. Les témoins locaux évoquent une densité d'acteurs équins qui rend plus simple la création ou l'extension d'installations dédiées aux chevaux.
Face à ces dynamiques, la Safer reste un acteur central du marché foncier agricole et peut intervenir pour favoriser l'installation d'agriculteurs ou limiter la spéculation, rappelle un responsable local. La réglementation permet à la Safer de proposer des alternatives et, le cas échéant, de refuser une transmission si les prix sont jugés disproportionnés pour l'usage agricole; Safer peut s'opposer à des ventes contraires à l'intérêt agricole selon ses prérogatives et critères. Les collectivités locales suivent également le dossier et affirment « suivre de près le sujet » pour préserver les filières locales.
Les conséquences concrètes concernent l'emploi rural, la chaîne de valeur du lait (coopératives, fromageries) et l'identité paysagère liée à la Normande. Certains producteurs locaux s'inquiètent d'une diminution progressive des troupeaux laitiers et des services associés (collecte du lait, fourniture de fourrages). Les acteurs du cidre et des produits laitiers AOP craignent des effets en chaîne si les surfaces pâturées diminuent nettement.
Syndicats agricoles et élus demandent des mesures pour améliorer la rémunération des producteurs, faciliter la transmission et maintenir l'usage agricole des terres, tandis que la filière équine plaide pour des implantations qui respectent les contraintes environnementales et foncières. À ce stade en 2026, le pays d'Auge n'est pas « tout cheval », mais la tendance interroge la capacité des politiques locales et des acteurs agricoles à préserver un équilibre entre élevages laitiers et développement des haras dans la région.
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